Annapurna

Culminant à plus de 8000 mètres d’altitude, l’Annapurna trône parmi les plus hauts sommets du monde. Il est le premier de cette taille à avoir été gravi et le seul à avoir été conquis dès la première tentative, bien qu’il soit l’un des plus périlleux de la chaîne himalayenne.

En 1950, l’ascension de cette majestueuse montagne népalaise par une équipe d’alpinistes inspire Gérard Corbeil, alors commissaire national, à créer un badge en l’honneur de cet exploit.

DÉFINITION

Le badge Annapurna est une décoration nationale attribuée à des pionniers et à des pionnières pour une entreprise exceptionnelle.

EXCEPTIONNELLE PAR SA NATURE

L’entreprise doit d’abord être exceptionnelle par sa nature même. C’est une activité que pionniers et pionnières n’ont pas coutume de faire, qui représente un défi nouveau et stimulant. Cette qualité se détaille par les caractéristiques suivantes:

L’originalité. C’est la nouveauté, l’innovation… non seulement pour les pionniers et les pionnières qui choisissent l’entreprise, mais pour le Mouvement scout lui-même. Cela ne veut pas dire qu’il faut rechercher à tout prix le «jamais vu», mais qu’il faut peut-être trouver une manière particulière, inédite, de faire une entreprise qui, à première vue, semble banale ou qui a été réalisée par bien d’autres auparavant.

L’exemplarité. Même si l’entreprise est originale, elle peut être farfelue, fantaisiste ou même impossible à réaliser. C’est pourquoi il faut aussi se demander si elle ne pourrait pas servir de modèle aux autres, inspirer d’autres pionniers, d’autres pionnières, et même d’autres jeunes qui ne sont pas scouts.

La visibilité. C’est bien beau l’originalité et l’exemplarité, mais il faudrait peut-être qu’il y ait quelques témoins. L’entreprise donnera-t-elle lieu à des rencontres, en parlera-t-on autour du poste, le public en sera-t-il informé et sera-t-il impressionné ?

La difficulté. Dernière caractéristique, mais non la moindre, la difficulté, sans laquelle il n’y aurait pas de défi. Cette difficulté doit cependant être raisonnable, c’est-à-dire que l’entreprise doit rester accessible à tous les membres du poste; mais il faudra peut-être faire quelques apprentissages, s’entraîner, se préparer sur le plan technique… Attention! Difficulté ne veut pas dire uniquement difficulté d’ordre physique, elle peut être d’ordre moral aussi. Une entreprise de service à la communauté peut être aussi difficile, et même plus difficile, que la descente en canot d’une rivière tumultueuse.

EXCEPTIONNELLE PAR LE VÉCU PIONNIER

Si ce qui est fait a son importance, la façon dont c’est fait est aussi un facteur majeur contribuant à évaluer le caractère exceptionnel. Le badge Annapurna sera ainsi attribué pour une entreprise authentiquement scoute, vécue le mieux possible selon les principes de la méthode pionnier. Cela signifie que l’évaluation prendra en compte:

La participation de chacun, de chacune à chaque étape de la démarche. L’entreprise doit être voulue, choisie, préparée, réalisée, évaluée et fêtée par les jeunes. Et pour chacune des étapes, chaque pionnier, chaque pionnière doit être présent bien sûr, et doit participer activement.

La Loi scoute. Par sa promesse, chaque pionnier, chaque pionnière s’est engagé à vivre selon la Loi scoute. Cet engagement doit évidemment se refléter tout au long de l’entreprise.

Les objectifs du scoutisme. En tant que série d’activités, toute entreprise n’est qu’un moyen d’avancer vers des objectifs éducatifs de développement : physique, intellectuel, affectif, social et spirituel. L’entreprise à caractère exceptionnel devra faciliter le cheminement de chacun, de chacune vers ces objectifs. Certes, l’accent peut être placé sur un des objectifs plutôt que sur les autres, mais il ne faut pas négliger ces autres buts.

Le degré de réussite. Outre les buts du scoutisme, l’entreprise vise un ou des objectifs plus immédiats, plus concrets. Ce qu’on veut faire, il faut se donner les moyens de le faire, il faut parvenir à le faire. Ainsi, la méthode Pionnier privilégie la responsabilité collective qui permet de réussir, d’atteindre les buts qu’on s’est fixés: l’entreprise doit donner les résultats attendus.

Le partage après le projet. Le partage est une dimension essentielle du scoutisme. Dans toute entreprise, le partage s’impose entre les participants et les participantes: partage des tâches, partage des responsabilités, partage des joies, des peines, de la réussite… Mais le partage doit aussi être tourné vers l’extérieur, sinon durant l’entreprise du moins après. Ce partage se traduira notamment par des initiatives visant à faire connaître aux autres pionniers, aux autres pionnières, aux autres scouts et à son milieu ce qui a été vécu.

Les nouveaux apprentissages. Enfin, toute entreprise à caractère exceptionnel requiert des compétences particulières, qui conditionnent la réussite. Il n’est pas nécessaire que tous fassent tous les apprentissages requis (là aussi, on se partage les responsabilités), mais chacun, chacune doit faire des efforts concrets pour apprendre, assimiler et cultiver des compétences qui seront utiles à l’ensemble du poste lors de l’entreprise.

PROCÉDURE D’OBTENTION

Tout poste de l’Association des Scouts du Canada peut faire une demande de badge Annapurna après avoir réalisé une entreprise qu’il considère comme exceptionnelle. L’Association recommande toutefois de s’inscrire à l’aide du formulaire Demande d’inscription au badge Annapurna avant d’avoir réalisé l’entreprise. Cette formalité n’est plus obligatoire depuis mars 2003, mais l’inscription peut être très utile.

L’inscription permet notamment au district et à l’Association de vérifier que le poste est en règle et, si ce n’est pas le cas, d’apporter les correctifs voulus avant la réalisation de l’entreprise. Elle permet aussi de bénéficier d’informations et même d’une assistance technique qui peut grandement contribuer à la réussite du projet ; c’est particulièrement le cas pour les entreprises qui doivent se dérouler à l’étranger.

  1. Quand l’entreprise est complétée, le poste remplit le formulaire de demande de l’Annapurna. Toute demande doit être effectuée au plus tard 16 mois après la fin de l’entreprise. Le poste soumet d’abord sa demande au commissaire de district pour obtenir une recommandation favorable. Si la recommandation n’est pas favorable, le processus s’arrête là et la demande ne peut être présentée; si la recommandation est favorable, ou bien le poste envoie le formulaire à l’Association, ou bien c’est le district qui s’en charge.
  2. La demande doit être obligatoirement accompagnée du rapport financier final de l’entreprise (état des revenus et dépenses) ainsi que d’une évaluation individuelle effectuée par chaque participant ou participante.
  3. Seuls sont admissibles à l’obtention du badge les adultes et les jeunes qui auront participé à toutes les étapes de l’entreprise.
  4. La demande doit parvenir au Centre national au plus tard le 31 octobre. Si elle acceptée, le poste recevra alors le badge Annapurna au cours de l’année suivante.
  5. Quand l’Association reçoit une demande, elle en informe la fédération concernée. La demande est soumise au Comité national d’évaluation de l’Annapurna, qui effectue une recommandation au commissariat national.
  6. Le commissariat national entérine (ou non) la recommandation.
  7. Le poste est avisé de la réponse à sa demande. Si cette réponse est favorable, il est invité à la cérémonie annuelle de remise des décorations de l’Association des Scouts du Canada chez le Gouverneur Général et Chef scout du Canada. S’il ne peut y participer, il en informe aussitôt l’Association. Celle-ci doit alors, en collaboration avec le district concerné, organiser une cérémonie protocolaire de remise dans la région ou la localité où se trouve le poste. Le commissaire national ira remettre le badge Annapurna aux membres du poste.

NOTE SUR LE RÔLE DU COMMISSAIRE DE DISTRICT

Le commissaire de district est appelé à intervenir à deux reprises dans le processus: lors de la demande d’inscription avant la réalisation, lors de la demande d’Annapurna après l’entreprise. Quand il reçoit une demande d’inscription, il doit notamment vérifier que:

  • le poste est en règle: il est recensé, reconnu, et les cotisations ont été payées; l’âge des jeunes et des adultes éducateurs est conforme aux exigences; dans le cas d’unités mixtes, l’équipe d’adultes éducateurs est mixte; le poste se conforme aux règlements du district, de la fédération et de l’Association;
  • l’entreprise choisie est à la portée de tous les jeunes du poste: le choix est réaliste, les objectifs peuvent être atteints, les apprentissages requis ont été acquis ou ils le seront;
  • le poste bénéficiera d’un encadrement approprié tout au long de l’entreprise: l’équipe d’adultes éducateurs pourra apporter un soutien permanent et approprié à chaque étape, particulièrement lors de la réalisation;
  • les risques sont acceptables, si risques il y a. Au besoin, le commissaire de district pourra exiger que certains membres du poste (adultes ou jeunes) suivent une formation technique, ou qu’il y ait un accompagnateur spécialisé et breveté par une autorité reconnue pour certaines étapes; le commissaire de district pourra aussi vérifier si certains agents extérieurs (par exemple, propriétaires de terrains ou d’immeubles où une partie de l’entreprise pourrait se dérouler) ont les assurances en responsabilité civile requises; le poste doit également avoir tous les permis et autorisations requis.Enfin, le commissaire de district doit s’assurer que l’inscription sera communiquée au Centre national le plus tôt possible après qu’il a accordé son autorisation.

Quand le commissaire de district reçoit le formulaire de demande d’Annapurna, il doit, avant de remplir l’espace qui lui est réservé, vérifier:

  • si le poste est en règle (voir ci-dessus);
  • si l’entreprise s’est déroulée sans porter atteinte à la bonne réputation et à l’image du Mouvement (comportement des jeunes et des adultes éducateurs vis-à-vis du public et par rapport aux équipements et aux installations utilisés);
  • si l’entreprise a été un facteur de consolidation pour le poste et la poursuite des activités;
  • si la satisfaction générale (du poste, du groupe et du milieu) milite pour l’obtention de l’Annapurna.

Il n’appartient pas au commissaire de district d’évaluer l’entreprise en fonction des critères d’attribution.

Une recommandation favorable du commissaire de district n’implique en rien une acceptation automatique de la demande au niveau national.

LE RÔLE DE L’ÉQUIPE D’ADULTES ÉDUCATEURS

Le rôle de l’équipe d’adultes éducateurs ne diffère pas de celui qui lui incombe lors de toute entreprise. Rappelons quelques-unes des responsabilités des adultes éducateurs:

  • veiller à la sécurité des pionniers et des pionnières, à la conformité des activités aux lois et règlements publics, ainsi qu’aux directives et règlements du district, de la fédération et de l’Association;
  • faire progresser chaque pionnier, chaque pionnière;
  • faciliter et encourager la participation de chaque pionnier et de chaque pionnière;
  • rappeler l’idéal scout;
  • encourager l’acquisition de compétences.

L’équipe d’adultes éducateurs devra également voir à ce que la procédure pour l’obtention de l’Annapurna soit suivie, en particulier à ce que les délais soient respectés.

LE COMITÉ NATIONAL D’ÉVALUATION DE L’ANNAPURNA

Le comité national d’évaluation de l’Annapurna est formé d’un responsable, de trois autres adultes et de trois jeunes ayant déjà obtenu l’Annapurna (pionniers, pionnières ou Scouts-Aînés). Le responsable est nommé par le commissaire national pour un mandat d’un an, renouvelable. Avec le commissaire national, le responsable choisit les autres membres du comité, jeunes et adultes. Le mandat du responsable consiste à répartir les dossiers, à organiser et à animer la réunion annuelle du comité, et à présenter les recommandations au commissariat national.

LE PROCESSUS D’ÉVALUATION

Quand le Centre national reçoit une demande en bonne et due forme, il la transmet au responsable du comité national. Celui-ci choisit un des trois autres adultes de son comité pour analyser cette demande en profondeur et obtenir des explications ou des compléments d’information si nécessaire; l’adulte chargé du dossier peut s’adresser au poste lui-même, au district ou à d’autres intervenants du milieu. La demande est également transmise à tous les autres membres du comité pour un pré-pointage, selon le barème déterminé.

Quelques semaines après la date limite du 31 octobre, le comité national d’évaluation de l’Annapurna tient sa réunion annuelle, au cours de laquelle il examine en détail chaque demande et doit faire consensus pour le pointage final selon le barème. Il formule ainsi des recommandations définitives au commissariat national.

Il est à noter que le barème est à l’usage exclusif du comité et ne peut être diffusé. La note maximale est de 100 points. Les critères d’attribution sont répartis en deux grandes catégories: la nature de l’entreprise (maximum de 50 points), le vécu pionnier au cours de l’entreprise(maximum de 50 points).

La nature de l’entreprise comprend l’originalité par rapport aux jeunes et par rapport au Mouvement, l’exemplarité pour les autres pionniers et pour l’ensemble des jeunes, la visibilité face au Mouvement et face à la communauté, ainsi que le niveau de difficulté.

Le vécu lors de l’entreprise comprend l’application du VCPRÉF, la Loi scoute, les objectifs du scoutisme, le degré de réussite face aux objectifs poursuivis, le partage après l’entreprise dans le milieu scout et dans la communauté, ainsi que les nouveaux apprentissages effectués.

Pour obtenir une recommandation favorable, le poste doit obtenir au moins 40 points dans chacune des deux catégories.

C’est, en dernier ressort, le commissariat national qui décide de l’attribution de l’Annapurna.

LE MODÈLE

Le badge Annapurna représente une montagne stylisée, dont le contour est enneigé. Cette montagne est surmontée de l’inscription ANNAPURNA. Le bleu et le blanc évoquent la neige et le froid qui caractérisent les plus hauts sommets du monde; ces couleurs symbolisent donc le défi et la difficulté. Le rouge, couleur emblème des pionniers, symbolise l’esprit d’équipe, la solidarité, l’entraide et le partage. Ce modèle a été créé par Daniel Gagnon en 1993.

LE PORT SUR L’UNIFORME

Le badge Annapurna se porte sur l’uniforme pionnier seulement. Il doit être fixé sur la manche gauche, à l’emplacement précisé par les directives sur l’uniforme (voir la brochure sur l’uniforme officiel). Il peut être porté sur l’uniforme pionnier tant que le jeune ou l’adulte éducateur porte cet uniforme.

REMISE

Le badge Annapurna est normalement remis par le Gouverneur et Chef scout du Canada, lors d’une cérémonie spéciale.Si un poste ne peut se prévaloir du privilège de participer à la cérémonie de remise chez le Chef scout du Canada, une cérémonie spéciale devra être organisée dans le district de ce poste, dans un délai d’au plus six mois après l’acceptation de la demande. L’Association des Scouts du Canada verra à ce que cette cérémonie soit organisée selon un protocole officiel et solennel, inspiré du protocole en vigueur chez le Chef scout. Le commissaire national ira remettre le badge Annapurna à chacun des participants et participantes lors de cette cérémonie.